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Le feu intérieur d’Iyengar

Immersion Yoga : l'élément feu dans la pratique
8 février 2026, 08:30 – 12:30Strasbourg
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Vous le savez peut-être, je poursuis depuis maintenant près de 18 mois un mentorat en yoga Iyengar, niveau I.

Ces études passionnantes occupent une grande partie de mon temps éveillé — et aussi de mon temps endormi. Surtout ces derniers mois, lorsque mes rêves matinaux se transforment en véritables répétitions du cours débutant que j’enseigne à 8 h. Durant ce mentorat, la plupart des ouvrages qui peuplent mon bureau, ma table de nuit et mes sacoches à vélo ont été écrits par B.K.S. Iyengar lui-même, par un membre de sa famille, ou traitent de ce yoga bien particulier qu’est la méthode Iyengar (vous retrouverez d'ailleurs une partie de cette bibliographie dans un article précédent ainsi que dans l'article ci-dessous).

Je passe également en moyenne entre six et dix heures par semaine au Centre de Yoga Iyengar de Strasbourg, à pratiquer, assister, observer, enseigner, partager, apprendre, comprendre, me projeter, me remettre en question, écrire, lire, me rencontrer et rencontrer les autres — créer du lien autour de la pratique.

Une pratique singulière et mondialement connue, mais avant tout un homme. Même si je connais désormais bien son parcours de vie et que j’étudie ses enseignements au peigne

fin, j’ai trouvé des personnes qui s’expriment bien mieux que moi pour décrire sa vie et son œuvre. Je vous partage donc ici un article publié le 6 décembre 2018 par Yoga Magazine, un texte de Clémentine Koenig et Marjolein Seegers : Le feu intérieur d’Iyengar.

Un titre percutant, qui résonne intimement avec mon flirt récurrent avec le burn-out et mon désir de transmettre une pratique juste : une pratique qui réchauffe sans brûler, qui apprend à manier le feu avec discernement, sur le tapis comme dans la vie.

C’est dans cet esprit que s’inscrit la prochaine Immersion Yoga : l’élément feu dans la pratique — une invitation à explorer cette intensité maîtrisée, à cultiver une flamme vivante et consciente, capable de soutenir le corps, le souffle et l’existence sans les consumer.




Précision et alignement sont les maîtres mots du Yoga Iyengar. En équilibrant le plus possible votre corps, vous entrez davantage en contact avec votre esprit, affirme son fondateur, B.K.S. Iyengar - dont on fête le centenaire de la naissance cette année.


Il était connu comme “le Michel-Ange du yoga” en raison de l’expression qu’il donnait à ses postures, transformant chacune d’elles en œuvre d’art stylisée. Àla fin de sa vie, le grand maître indien Bellur Krishnamachar Sundararaja (alias B.K.S.) Iyengar, mort en 2014 à l’âge de 95 ans, n’aurait pas osé rêver 50 ans plus tôt que le yoga devienne un jour si populaire. Il était loin d’imaginer aussi qu’il jouerait un tel rôle dans ce succès. En 2004, il a même été élu par le Time Magazine comme l’une des 100 personnes les plus influentes au monde. Nonagénaire et toujours infatigable, le maître de yoga continuait d’appeler les personnes à « traverser le grand fleuve, de la rive de l’ignorance à celle de la connaissance et de la sagesse ».

Tout comme les autres courants du yoga, le Yoga Iyengar trouve son origine dans le Hatha Yoga classique et a pour base philosophique les Yoga sutra de Patanjali, des textes vieux de 2000 ans décrivant le chemin vers l’illumination. Dans ses livres et interviews, Iyengar insistait sur le fait qu’il n’avait pas inventé une nouvelle sorte de yoga, mais qu’il lui avait donné un nouveau costume.


Ambitieux et accessible

À première vue, le Yoga Iyengar semble très axé sur la performance physique, en raison de l’accent mis sur la précision, l’alignement du corps, le maintien très long des postures, l’emploi d’accessoires comme des blocs ou des sangles, ou encore le fait de se voir corrigé durant les leçons.

Mais les apparences sont trompeuses… car une étape importante vers la croissance spirituelle est d’équilibrer son corps parfaitement. Selon le guru, ou Guruji, comme ses élèves le surnommaient avec respect, le corps est la porte vers l’âme. Cette porte doit s’ouvrir et cela ne se fera ni en forçant, ni en attendant passivement, mais en pratiquant le yoga de manière extrêmement attentive et précise. Durant l’exécution des asanas, l’équilibre apparaît : entre la gauche et la droite, entre le haut et le bas, jusque dans chaque fibre, chaque muscle, chaque articulation. L’équilibre s’installe entre le corps et l’esprit, entre raison et sentiment, entre l’hémisphère gauche et l’hémisphère droit.

« Je vous montre, puis c’est à votre tour », nous explique la dynamique Laura Brembilla à Atma Yoga, un studio parisien spécialisé dans cette discipline. Laura s’est formée auprès de Christian Pisano, Faeq Biria et Zubin Zarthoshtimanesh, trois proches disciples de Sri B.K.S. Elle nous corrige un par un, pour nous inciter à sentir l’alignement juste. C’est cet alignement précis qui déverrouillera l’énergie. Par exemple, en Guerrier I et II, nos hanches sont “naturellement” (par habitude, par paresse) en arrière. En les poussant lentement vers l’avant, millimètre par millimètre, on peut avoir la sensation très physique de s’ouvrir et de débloquer une force phénoménale dans son bassin.

« Sans la rigueur, il est simple et facile de contourner les obstacles en restant à la surface. L’ego est très habile pour éviter d’aller dans la profondeur de l’être », affirme Monica Bertauld, fondatrice du Centre de Yoga Iyengar de Chatou. « Mais dès que la précision entre en jeu, nous avançons progressivement, couche par couche, pour pénétrer vers une sensibilité de plus en plus intime et subtile. Au départ, notre corps est comme une construction de fortune, bancale, incomplète, déséquilibrée mais pleine de potentiel. Chaque muscle est employé au petit bonheur la chance, faisant vaguement ce qu’il doit faire de façon réactive et automatique. L’Iyengar est un mode d’emploi que nous, architectes du vivant, apprenons à utiliser pour révéler nos potentiels. Ainsi, au fil de la pratique, l’édifice qu’est notre corps devient une cathédrale où le chant de l’âme résonne et vibre harmonieusement », explique l’ancienne présidente de l’Association Française de Yoga Iyengar.


Dénouer les blocages

Iyengar souligne dans L’Arbre du yoga (Buchet-Chastel, 2012) l’importance de l’“irrigation du corps”. Pour cela, ce dernier doit être pourvu jusque dans ses moindres recoins de prana, mot sanskrit désignant l’énergie subtile ou la force vitale. Par des postures et le contrôle de la respiration (pranayama), le corps devient plus sensible et plus ouvert, de manière à pouvoir absorber cette force vitale. Il a alors la possibilité de se synchroniser sur la même fréquence subtile que l’esprit, et l’unité se recrée entre les deux.

À l’origine, nous ne sommes pas censés ressentir notre corps et notre esprit comme des entités séparées. Selon Iyengar, nous avons cette sensation uniquement parce que nous avons fait de notre corps une forteresse de tensions et d’émotions. Par notre attachement à cette forteresse, la matière, nous nous fermons à la conscience supérieure, la sagesse. L’art du yoga consiste à libérer ces blocages pour que nous nous muions en êtres réceptifs. « Le mental est habile pour contourner les blocages et rester dans une sorte de confort – confort qui ne permet pas de lever les barrages pour faire couler la conscience dans toutes les cellules, souligne Monica Bertauld. Les asanas mettent le doigt sur les nœuds. De fil en aiguille, nous explorons et il se produit une “désomatisation”, c’est-à-dire une dissolution de nos mémoires émotionnelles et de nos conditionnements. Cela libère le corps en profondeur et transforme graduellement l’inconscient en conscient, l’état de veille en état d’Éveil. »

Le yoga peut également aider à prévenir et à combattre les maladies en stimulant la capacité autorégénératrice du corps. Des scientifiques chinois et indiens expliquent cet effet par l’augmentation des globules blancs dans le corps, la circulation optimale de l’énergie et d’un sang riche en oxygène dans chaque cellule. La longévité d’Iyengar lui-même démontre le pouvoir guérisseur du yoga. Aucun médecin, en effet, n’aurait osé parier sur le fait qu’il atteindrait l’âge de 95 ans dans une forme aussi éclatante. Atteint de la tuberculose et de la malaria à 14 ans, Iyengar s’est mis intensivement au yoga, s’entrainant plus de dix heures par jour, et a réussi à s’autoguérir. À 16 ans, il était déjà  élève de Krishnamacharya, qui fut également le maître du célèbre yogi Pattabhi Jois. Lorsque ses élèves et adeptes lui ont demandé d’enseigner et de diffuser sa vision moderne du yoga, ce qui avait commencé comme un moyen de combattre sa maladie s’est transformé en mission de vie.


Tenir bon

Sa rencontre avec le violoniste internationalement reconnu Yehudi Menuhin en 1952 lui a ouvert les portes de l’Occident. Quand Guruji a lu dans The Times of India que Menuhin connaissait le yoga, il a invité le musicien pour une série de postures Iyengar. Menuhin était enthousiaste et a confié à Iyengar n’avoir jamais éprouvé autant de joie. Les deux hommes sont devenus amis et Menuhin a invité Guruji à venir donner cours à Londres, en Suisse et à Paris.

Pour atteindre son but, cependant, Iyengar a dû plus d’une fois surmonter le racisme. C’est ainsi qu’il s’est vu interdire, dans un hôtel où il séjournait en Angleterre, en 1954, de prendre le petit déjeuner dans la même salle que les Blancs. Il a subi une discrimination semblable en 1956 aux États-Unis quand, seul homme de couleur, il n’a pu monter dans l’avion qu’après les autres. Il a envers et contre tout persisté dans sa mission de faire connaître le yoga et donné des centaines de démonstrations. Il existe depuis lors plus de 180 instituts de Yoga Iyengar reconnus dans le monde et des milliers d’écoles et de centres. En Occident, le courant compte plus d’un million d’adeptes.


Lumière intérieure

L’immense clairvoyance de B.K.S. Iyengar en a fait un maître exceptionnel pour Faeq Biria, qui fut son proche disciple pendant plus de 40 ans. « En une seconde, il était capable de tout voir en vous, sur les plans physique et mental. Mais il ne s’en vantait pas, et surtout, ce qui est extraordinaire, il ne le cherchait pas. Ce qui créait une forme d’innocence très touchante chez lui. » Tous les ans, le fondateur du Centre de Yoga Iyengar de Paris retourne à Pune pour continuer à se former et à entretenir le lien avec les enfants de B.K.S. Il se souvient de la grande lucidité de Guruji : « Quand mon maître m’a dit d’aller enseigner en Occident, je lui ai demandé le message qu’il voulait que je répande. Il m’a répondu : “L’homme pressé du XXe siècle n’a pas de temps à perdre. Il lui faut un enseignement qui lui apporte un maximum de bénéfices en un minimum de temps : les asanas et les pranayamas.” »

Il affirme également qu’un « des chefs-d’œuvre de B.K.S. Iyengar est d’avoir utilisé des accessoires afin que les gens puissent goûter à ce que la posture peut créer, sans en trahir l’essence ». Monica Bertaud le confirme : grâce aux sangles, aux coussins, aux blocs, tout le monde peut progresser vers une posture plus juste, plus claire. Celle qui aura une plus grande efficacité physiologique et psychologique. Les accessoires servent à s’approcher au plus près de l’essence de la posture, à en comprendre sa structure profonde. Ensuite, peu à peu, ils deviennent superflus.

Pour Faeq Biria, le Yoga Iyengar nous rappelle que le corps est la gaine de l’esprit. « Le mental a des fenêtres sur l’extérieur : ce sont les cinq organes des sens, que le Maître appelait “sens de perception”, se rappelle Faeq Biria. Quand on parvient à fermer les volets, le mental retourne vers sa source : la lumière intérieure. Il y a tant à découvrir… La posture vous met face à face avec vous-même. Vous êtes devant un miroir qui magnifie tout. Vous faites alors la plus belle des rencontres : avec vous-même. » Une rencontre qui a transcendé Iyengar. Comme il l’écrit lui-même dans La Voie de la paix intérieure : « Je n’ai pas pris ma retraite et ne le ferai jamais. Je fais en sorte que le feu intérieur continue de brûler. »


 
 
 

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